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Vicat : 200 ans d'industrie cimentière

le 09 octobre 2017 - Arnaud DE JUBÉCOURT - Isère

Vicat : 200 ans d'industrie cimentière
© Vicat

Le nom de Vicat est associé au ciment depuis deux siècles. Pour fêter cet anniversaire, la société a organisé une exposition « 200 ans d'étonnement » sur le site de sa cimenterie de Montalieu-Vercieu, ouvert à la visite par la même occasion.

Il ne s'agit pas à proprement parler de l'anniversaire de la société Vicat, créée en Isère en 1853, mais plutôt celui de la découverte du ciment moderne. Car c'est bien en 1817 que Louis Vicat, un « X-Ponts » passionné par les ouvrages et en charge de construire un pont à Souillac, découvre la recette du ciment dit « artificiel ». Il n'a que 32 ans quand il présente ses découvertes à l'Académie des sciences, qui les valide officiellement. Le jeune ingénieur (qui a vécu à Grenoble) précise, après six ans d'expérimentations, les proportions des différents composants nécessaires à la constitution et à la cuisson du ciment artificiel –principalement calcaire et silice. Même si le procédé n'est pas totalement inconnu, les Romains et autres civilisations anciennes ayant déjà utilisé des mortiers de chaux, cette (re)découverte et les précisions apportées par Vicat sur les dosages vont changer rapidement nos paysages. Moins de dix ans après ses expériences, la production de ciment commence son immense conquête des bâtiments et ouvrages du monde entier. Cette conquête est d'autant plus rapide que le jeune Louis n'a pas breveté son invention : elle sera aussi utilisée par ses concurrents, dont certains s'empresseront de déposer des brevets.

Pour autant les Vicat resteront dans la course : le fils de Louis crée sa première usine en 1853, en Isère, et améliore encore le procédé par une « double cuisson ». La société Ciments Vicat est née et ne cessera de se développer. Dès 1922, l'usine Vicat de Montalieu devient la plus grande cimenterie de France et continue de l'être aujourd'hui. Toujours dirigée par un descendant de la famille (pour la 8e génération consécutive), elle emploie plus de 8 000 personnes, dont une majorité hors de France. Et continue d'améliorer ses produits en innovant en permanence, pour s'adapter aux demandes toujours plus exigeantes des constructeurs.

Innover ou mourir

Une fois découverte, la composition du ciment pourrait paraître simple : essentiellement de la chaux, de la silice, de l'alumine et de l'oxyde de fer. Encore faut il parvenir à chauffer à 1450° de l'argile mélangé à du calcaire ! Mais chaque variation de proportion, chaque modification de composant, chaque additif (et il y en a aujourd'hui des centaines) fait varier la performance du ciment et du béton qui en découle. Les recherches actuelles de prouesses architecturales, de performance, d'une qualité constante, d'une facilité d'emploi et, bien sûr, du moindre coût obligent à des formulations toujours plus précises, pour un résultat toujours plus contrôlé. Chez Vicat, on ne produit plus « du » ciment mais « des » ciments. Nuance de taille. Chaque usage a son produit : le ciment peut être plus ou moins prompt, plus ou moins adapté aux contraintes de pression, traction, salinité en fonction de la matière première qui le compose… La recherche est devenue une composante fondamentale de l'industrie du ciment, des bétons et plus généralement des matériaux.

Cette recherche se décompose en plusieurs axes. En premier lieu, la performance au service de l'innovation constructive. Les bétons deviennent plus solides, plus durables, plus légers, plus lisses, permettant de réduire les masses, d'augmenter les portées, la résistance à l'abrasion, aux attaques chimiques, etc. Dans l'exposition organisée par Vicat pour les 200 ans de l'invention, on peut découvrir des bétons remplaçant les isolants légers ou permettant de faire des meubles, tenant leur rang face aux autres matériaux en vogue comme l'acier, le verre, le bois ou encore les composites.

L'environnement représente lui aussi un axe fondamental de recherche : il s'agit de produire en limitant les impacts sur la nature, les rejets, les consommations énergétiques, qui sont un des postes les plus importants pour la fabrication. Extraite des carrières à l'explosif, la matière première, essentiellement de la pierre (marne ou calcaire), est concassée, broyée, homogénéisée, filtrée. Elle est chauffée à plus de 2000°, refroidie, à nouveau broyée. Ce process est très consommateur d'énergie : 264 kW pour les seuls convoyeurs, des milliers de kW pour la chauffe. Les cimenteries utilisent 60 % d'énergie gratuite (voire rémunératrice), issue du recyclage de pneus, d'huiles, de boues, de farines animales et d'autres matières que peu acteurs sont à même de valoriser. La préoccupation environnementale inclut la gestion écologique et la remise en état des carrières : végétalisation, respect de la biodiversité, amélioration du paysage. Le dernier axe de progrès est la facilité d'emploi : les poudres doivent être toujours plus faciles à utiliser, doser, mélanger, sécher, démouler, et rester compatibles avec les règles de sécurité et les contraintes au travail, toujours plus nombreuses. Pour cela Vicat possède plusieurs laboratoires. « Matériaux et Microstructure », à L'Isle-d'Abeau, est doté d'un diffractomètre, d'une fluorescence X et d'un microscope électronique, qui lui permettent de connaître le cœur de la matière. Dans un autre labo dit « Méthodes », Vicat élabore des approches innovantes liées aux nouvelles problématiques de procédés, aux nouvelles réglementations et aux nouveaux usages, se déplaçant même sur les chantiers au moyen d'unités mobiles. Un labo « R&D » complète le dispositif en ce concentrant sur les formulations et expérimentations produits. Outre le ciment, qui représente une grosse moitié de sa production, Vicat travaille sur les bétons (33 % de la production) et d'autres produits et services : études et essais chez les clients, transport et pompage, emballage, additifs...

Le dernier des Français

C'est à ce prix que Vicat parvient à se développer dans le monde, seul Français en lice après le rachat/fusion de Lafarge par Holcim et l'absorption de Ciments Français par Italcementi, puis par HeidelbergCement. Contrôlé par un actionnariat familial majoritaire, Vicat est jusqu'ici resté libre et s'est même avéré redoutable en rachetant des entreprises aux États-Unis, en Turquie, au Sénégal, en Suisse, en Italie ou encore en Mauritanie. Cette croissance externe n'est sans doute pas terminée : une analyse financière récente indique qu'« une solide trésorerie devrait permettre à Vicat d'augmenter ses dividendes et de préparer son bilan à la prochaine phase de croissance externe ».

Des chiffres qui donnent le vertige

Lorsque l'on pénètre sur le site de Vicat, à Montalieu-Vercieu, on est étonné par le calme relatif qui règne dans cette industrie monumentale. Seulement 83 personnes parviennent à faire tourner 24h/24 ce site gigantesque, qui s'étend sur 18 ha, comporte des bâtiments de 100 m de haut (118 m rien que pour la cheminée) et d'où sortent 2 millions de tonnes de ciment chaque année, réparties en six qualités différentes. Les pelouses impeccables montrent les progrès réalisés depuis l'époque où la poussière était partout. L'usine est alimentée par deux carrières, distantes de 3 km et 6 km (Énieu et Meypieu). Un convoyeur de 1 850 m apporte 1 200 tonnes de matériaux par heure dans de monstrueux dômes de broyage (35 000 tonnes par silo). Re-transporté, le broyat est élevé à près de 100 m de hauteur, avant d'être versé dans des turbines de chauffe, puis dans un four cylindrique et rotatif de 63 m de long et 4,40 m de diamètre. C'est une véritable lave en fusion qui sort du four avant d'être refroidie à l'air pulsé et transformée en nodules solides. Ces derniers vont être à nouveau broyés dans un gigantesque tambour tournant chargé de milliers de boulets de toutes tailles, qui vont pulvériser le matériau jusqu'à en faire la poudre finale.





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