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Samuel Minot : « Le bâtiment redémarre, mais il faut être prudent »

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Samuel Minot : « Le bâtiment redémarre, mais il faut être prudent »
© Michel Godet

À l'heure où la reprise semble enfin gagner les secteurs du bâtiment et des travaux publics, le successeur de Gilles Courteix à la présidence de BTP Rhône et Métropole aborde prudemment sa nouvelle fonction. Pour le dirigeant caladois, à la tête d'une entreprise centenaire de charpente et construction bois, l'objectif reste de développer la proximité, l'unité, la communication et la représentativité d'une maison fondée en 1863, qui peine encore à se faire connaître du grand public.

Le bâtiment, vous êtes tombé dedans quand vous étiez tout petit. Racontez-nous ?

Quand on est fils d'entrepreneur, on est un peu prédisposé. Avec mon frère Bertrand, je représente la 4e génération de Minot à la tête de notre entreprise spécialisée dans la construction bois et la charpente-ossature. Mais mon parcours reste des plus classiques : un bac S, Maths Sup, Maths Spé, avant d'intégrer la section bâtiment de l'ESTP (Ecole spéciale des travaux publics, du bâtiment et de l’industrie, NDLR). Une fois mes diplômes en poche, j’ai tout de suite rejoint l'entreprise en tant que responsable travaux et animateur qualité. J'ai progressivement gravi les échelons, jusqu'à la direction générale de certaines entités du groupe : Minot 2B, Viveo... Aujourd'hui, le groupe Minot pèse 33 M€ et emploie 250 salariés. Si notre implantation historique est caladoise, nous avons agrandi nos zones d'intervention en créant des structures à Saint-Etienne, au nord de Dijon, mais aussi vers Bordeaux, à Saintes (Charente-Maritime) et à Nantes. Sept sites au total, qui nous permettent de rayonner sur une dizaine de « nouvelles » régions.

Quelle est votre spécialité ?

Avec mon frère, on se partage bien les tâches : j'assure la direction commerciale, tandis qu’il s'occupe du back-office et de la gestion. Alors que Bertrand s'intéresse plutôt à l'industrie, je suis pour ma part passionné par le bâtiment et l'acte de construire. J'aime mettre en œuvre, partir de zéro jusqu'à l'aboutissement d'un projet. Je possède une réelle affinité pour les chantiers, quel que soit le métier concerné : le gros œuvre, le terrassement, la précision d'un carreleur... Ce qui me plaît, c'est toute la technicité d'un compagnon.

À quand remonte votre affiliation à BTP Rhône ?

Notre entreprise existe depuis 103 ans et je crois bien qu'elle a toujours été liée à BTP Rhône. Notre père, qui était président de la Chambre territoriale du beaujolais, a toujours cultivé le réseau. Moi-même, j'ai intégré le groupe Jeunes Dirigeants dès les années 2000. Et, de fil en aiguille, j'ai adhéré à la chambre syndicale Charpente-toiture. En 2013, j’ai effectué mon premier mandat en entrant au bureau de Villefranche. Puis, en 2015, j'ai rejoint Gilles Courteix en qualité de président de la commission Métiers. Pourquoi choisir de s'investir dans une institution professionnelle ? Avant tout par conviction, et seulement si ça vaut le coup. Et BTP Rhône me plaît car elle a la force de faire évoluer les personnes. C’est un creuset d'échanges entre entrepreneurs. Pensez que 70 % de l'activité du bâtiment et des travaux publics de la Métropole et du département du Rhône sont représentés dans cette maison.

Comment s'est passée la transition avec Gilles Courteix ?

Il y a une tradition à BTP Rhône, qui veut que le président soit issu du bâtiment, avec une alternance entre gros œuvre et second œuvre. Nous sommes entrepreneurs tous les deux, et l'on se fréquente depuis pas mal d'années. Pendant deux ans, je l'ai accompagné au sein du bureau, où l'on a pu échanger, partager nos réflexions sur les problématiques des métiers... J'ai été flatté qu'il pense à moi, d’autant qu'il s'agissait de prendre un véritable engagement. Tant en termes de prise de conscience (on gère tout de même 800 entreprises !), qu’en terme de moralité et de temps. Cela fait près d'un an que je me prépare. Aujourd'hui, j'ai la conviction qu'il s'agit d'un grand mandat : d’une part politique, avec beaucoup de représentation, et d’autre part opérationnel, en évoluant proche des entreprises et du terrain.

Quel regard portez-vous sur la Fédération du BTP ?

Bien que fondée en 1863, la fédération reste une grande dame à mes yeux, non une vieille dame. Acteur incontournable de l'environnement économique de ce département, elle est aussi précurseur dans les organisations patronales et englobe un réseau extraordinaire de savoir-faire. C'est une fédération d'entrepreneurs faite par des entrepreneurs et pour des entrepreneurs. Elle est libre et autonome, dans ses actions comme dans son mode de financement. Enfin, elle est équilibrée en prenant soin de ne pas uniquement concentrer ses efforts sur la Métropole : en plus du siège, cinq chambres territoriales couvrent l’ensemble du territoire.

Bâtiment, travaux publics… Qui sont vos adhérents ?

Environ trois-quarts de nos adhérents sont issus du bâtiment et un-quart des travaux publics. Si le marché public répond à des critères beaucoup plus économiques, le privé regroupe une multitude d'acteurs. Il y a peut-être moins de contacts directs avec les TP. Pour autant nous ne sectorisons pas nos actions au sein de la fédé. Nous organisons beaucoup d'actions locales et territoriales, en échange direct avec les élus.

Quel rapport entretenez-vous avec les autres institutions du secteur, Capeb en première ligne ?

Il y a de la place pour toute organisation professionnelle. Je tiens juste à préciser qu’on nous accuse souvent d'être une fédération uniquement destinée aux grands groupes. C’est faux. Si la Capeb ne cible que l'artisanat, BTP Rhône et Métropole s'intéresse à toutes les tailles d'entreprise et toutes les spécialités. J’en veux pour preuve que la moitié de nos adhérents sont des artisans ! D'autant que le marché du BTP n'est pas coupé en deux : il répond aux mêmes paramètres économiques et réglementations.

Comment se prépare-t-on à la présidence d’une telle structure ?

Beaucoup de travail en amont. Il faut préparer ses collaborateurs et faire de la délégation, ma priorité restant mon entreprise. J'aurais du mal à représenter le BTP si cette dernière n'était pas à la hauteur. Il ne faut pas non plus oublier qu’ici, je suis locataire : la fédé existait avant moi et elle existera après. Si elle bouge, c’est grâce aux permanents et aux entreprises. Cette prise de fonction, je l’aborde dans la continuité du mandat précédent. Tout en faisant du Samuel Minot, pas du Gilles Courteix.

C’est à dire ?

Gilles Courteix est moi ne sommes pas tout a fait de la même génération. Les métiers ont changé, la culture est différente. Cette maison doit rayonner, être un véritable lieu de rassemblement et d'animations par les entrepreneurs. La fédé doit parler, elle doit être visible et toujours plus représentative de nos métiers. Elle doit aussi communiquer avec des outils modernes : le digital et le numérique sont de grands chantiers pour l’avenir, et quand on sait que la Ville de Lyon va dématérialiser 100 % de ses appels d'offres, il faut s'en inspirer. Nous devons aussi accompagner les entrepreneurs sur le BIM (Building information modeling, maquette numérique en 3D permettant de visualiser les informations complètes d’un bâtiment, NDLR). Mais elle ne doit pas limiter ses actions aux adhérents, elle a aussi pour mission d’interagir avec le grand public, qui, finalement, connaît peu l'institution. Nous renforcerons les actions de territoires, poursuivant la lancée initiée par les Coulisses du BTP ou encore le Marathon du beaujolais.

La lutte contre le travail détaché illégal constitue-t-elle aussi un axe prioritaire de votre mandat ?

C’est un vrai sujet d'actualité. Ces dernières années, on est arrivé à des niveaux de marge tellement serrés sur les chantiers que ça a forcément créé des effets pervers : travail dissimulé, travail détaché illégal... Sur ces sujets, la fédération se doit d’être extrêmement vigilante et maintenir une position claire vis-à-vis des pratiques déviantes. Cette carte est une action concrète. Elle illustre notre souhait de voir le secteur reconnu pour la qualité de ses travaux, de ses matériaux, de la gestion des chantiers et des déchets de chantiers…

Vous aurez d’ailleurs l’occasion de vous exprimer sur ce sujet lors du salon BePOSITIVE…

Le 9 mars, un plateau TV sera effectivement organisé sur le salon, sur la thématique de la lutte contre le travail illégal. Jacques Chanut, président de la fédération nationale, sera à mes côtés pour expliquer les actions concrètes mises en œuvre par la profession. D’une manière générale, tout événement lié au BTP représente une belle vitrine pour nos métiers, tout en nous permettant d’interpeller le grand public. Certaines thématiques les concernent directement, comme la rénovation énergétique et les plateformes Écoréno’v par exemple.

Tout le monde parle d’une reprise de l’activité dans le Bâtiment. Vous confirmez ?

Les quatre dernières années ont été très difficiles en terme d'activités, ce qui a entraîné beaucoup de conséquences néfastes sur notre outil de production. Diminution du nombre de salariés, 30 % de baisse du nombre d'apprentis, des entreprises fragilisées suite à la dévalorisation des marchés… Aujourd’hui, c’est vrai, il reprend, essentiellement grâce au marché du logement neuf, en hausse de 11 % fin 2016. On est arrivé très bas, il est donc logique que l'on remonte. Mais tout n'est pas rose, il faut être prudent. Les opérations actuelles ont été montées avec des budgets de crise, donc extrêmement difficiles à tenir. D’autant qu’une grosse partie de nos adhérents intervient sur le marché de la rénovation et là, ça n’est pas gagné. La rénovation énergétique peine, les particuliers sont mal renseignés... Quand le Cera (Cellule économique Rhône-Alpes, NDLR) nous indique que le nombre de logements augmente de 15 % et que l'emploi reste à zéro, ça veut bien dire quelque chose. Quant aux TP, ils dépendent à 70 % de la commande publique. Il est donc évident que la baisse des dotations de l'Etat et la réorganisation territoriale ont eu un effet néfaste sur les budgets et ont énormément ralenti le rythme. Pour le secteur, la reprise est beaucoup plus timide. Nous restons en attente des politiques d'investissement promises par les collectivités, mais tout ceci reste poussif. Et pour couronner le tout, on a des politiques fiscales extrêmement changeantes et peu de visibilité sur les législatives et présidentielles... On va voir.

Justement, quel message souhaitez vous faire passer aux candidats à l’élection ?

La FFB et la FNTP (Fédération nationale des travaux publics, NDLR) ont émis les propositions « Présidentielles 2017 ». Ils y rappellent l’importance d’avoir une stabilité fiscale et notre attente au regard du coût du travail, réelle difficulté pour les entrepreneurs qui explique l’émergence du travail au noir. Il s’agit aussi de simplifier la vie des entreprises et de penser intelligemment la façon de bâtir. Le gouvernement essaie de légiférer sur tous les sujets : ces certifications à répétition empêchent la liberté d'entreprendre et ça n'est pas comme ça que l'on avance. Le dialogue doit être un peu plus consensuel.

Dates clés

2017 Devient officiellement président de BTP Rhône et Métropole le 18 janvier
2014 Fête le centenaire de l'entreprise Minot
2000 Rejoint le Groupe Jeunes Dirigeants de BTP Rhône
1999 Intègre l'entreprise familiale Minot (Arnas)
1976 Naissance à Villefranche-sur-Saône




Charlotte ROBERT
Journaliste

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