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Sabine Basili, vice-présidente de la Capeb : « Être une femme m'a parfois aidé »

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Sabine Basili, vice-présidente de la Capeb : « Être une femme m'a parfois aidé »
© Capeb

Dirigeante associée de l'entreprise Aqua Énergie à Villeurbanne, Sabine Basili est aussi membre du bureau national de la Capeb et vice-présidente en charge des affaires économiques. À l'occasion de la Journée de la femme, elle revient sur son parcours atypique. Portrait d'une battante, méritante et humble, à qui tout réussit.

Comment le bâtiment vous a-t-il séduit ?

Si le milieu commence à devenir attractif pour les femmes, ça n'était pas vraiment le cas à l'époque ! Je dois bien avouer que ce n'est pas moi qui suis venue au bâtiment, mais lui qui est venu à moi. Au départ, je travaillais dans une banque. Puis j'ai épousé un fils de plombier, qui est lui-même devenu artisan. Nous avons repris l'entreprise de son père en 1993. Au départ, je lui donnais quelques coups de main. Puis j'ai eu mes deux premiers enfants et je me suis davantage investie dans l'entreprise. Au troisième, j'ai arrêté mon travail pour me consacrer à 100 % à la société. J'avais 35 ans et rompais totalement avec mon ancien style de vie. Je me suis retrouvée au sein d'un univers authentique, d'une grande franchise. Et j'aimais ça.

Quel a été votre premier contact avec la Capeb ?

Mon beau-père adhérait déjà à la Capeb Rhône, mon époux a lui-même été administrateur au conseil d'administration des plombiers. Mais c'est quand j'ai eu besoin d'acquérir des compétences que j'ai découvert sa vraie valeur ajoutée. La confédération proposait de la formation, ce qui s'avère indispensable dans notre secteur. J'avais envie de faire comme mon mari, qui avait suivi la FREAB, un stage de gestion longue durée pour les futurs repreneurs. Alors en 1997, j'ai suivi une formation de deux ans qui a abouti au diplôme universitaire de gestion administrative et juridique des entreprises du bâtiment. Non seulement ce diplôme m'a rassurée, moi qui n'avais que le Bac, mais c'était aussi un formidable levier. Il a confirmé mon choix, m'a ouvert du relationnel, tout en me prodiguant une méthode de travail, me permettant de mieux comprendre et relativiser. Je me suis rendue compte que je n'étais pas isolée, que les autres entreprises artisanales connaissaient les mêmes problématiques que les miennes… Que je faisais partie d'une communauté.

Vous êtes à peine diplômée qu'on vous confie déjà la création de la Commission des femmes d'artisans du Rhône…

Cela n'existait pas encore dans le département et la présidente régionale des Femmes d'artisans, Christiane Pugnet, cherchait quelqu'un. Elle m'a proposé cette mission que j'ai accepté de suite : on a commencé à travailler dès le mois d'octobre 1999, alors que je venais tout juste d'être diplômée. C'était une aventure passionnante, bien que j'ai dû quitter la commission peu de temps après ma prise de responsabilité au conseil d'administration national en 2002.

Date de votre élection en qualité de déléguée de circonscription de la Capeb Rhône-Alpes. Racontez-nous...

Le conseil d'administration national se constitue de 28 personnes réparties en 4 collèges : les présidents d'UNA, les membres individuels, la présidente de la commission nationale des femmes d'artisans et les délégués de circonscriptions. Or le délégué Rhône-Alpes Auvergne, Alain Berlioz Curlet, ayant démissionné, Christiane Pugnet m'a là encore proposé de me présenter. Je n'ai eu que quelques jours pour me décider, mais le challenge était trop beau. J'aime les défis, me sentir à l'origine de propositions constructives pour le secteur et au cœur de l'action. Je sentais réellement que je pouvais apporter ma pierre à l'édifice. Mais autant vous dire que ma candidature n'a, à cette époque, pas convaincu tout le monde…

Parce que vous êtes une femme ?

D'une part oui, car jamais une femme ne s'était présentée à ce mandat, et d'autre part parce que j'étais un peu novice en la matière. Je ne savais pas vraiment où je m'engageais. C'est la Capeb du Rhône qui a présenté ma candidature, et Alain Berlioz-Curlet l'a défendue. Au final, j'ai été élue... avec quelques abstentions tout de même !

Sûr que vous avez su leur faire changer d'avis ?

J'ai dû, avec le temps, convaincre les plus réfractaires (rires). Mais là encore, j'ai beaucoup appris sur le terrain. En tant que déléguée de circonscription, j'ai beaucoup voyagé en région, pour la confédération je m'occupais de tous les dossiers liés à l'informatique. En parallèle, je travaillais encore beaucoup dans mon entreprise et je poursuivais mon travail avec la commission des femmes et l'UPA en Rhône-Alpes, avec lesquels on avait monté Paracor. En 2005, j'ai pris la présidence de l'Anfab, un organisme de formations, sans oublier mon expérience au CESER, qui a duré six ans. Il fallait jongler avec tout ça.

Dites-nous en plus sur l'association Paracor ?

En 2000, une loi sur la parité a été votée et, s'il y avait désormais l'obligation de mettre des listes à nombre égal d'hommes et de femmes, on savait que, dans la réalité, tout ceci serait très compliqué à mettre en place. Paracor – pour « parité action organisation » – est parti d'une réflexion commune des femmes qui s'investissaient pour la Capeb et l'UPA, mais aussi pour d'autres associations et organisations professionnelles. Ce projet visait à apporter des moyens, comme la mise en place de formations par exemple, pour que les femmes s'investissent davantage dans les syndicats et les associations et soient à même de faire bouger les choses. Malheureusement, les subventions, les financements se sont taris. Si l'association existe toujours aujourd'hui, elle est en sommeil et mérite que l'on y consacre du temps.

Vous n'avez jamais caché votre penchant pour l'économie...

En effet, j'étais ravie d'intégrer la commission des affaires économiques, car c'était ce que j'aimais faire. J'ai des affinités particulières pour ce milieu aux leviers importants d'actions. À l'époque, le président était un certain Patrick Liébus, avec qui je me suis toujours bien entendue. En 2009, j'ai intégré le bureau de la Confédération en tant que trésorière adjointe, où je me suis retrouvée entourée de sept hommes. Un an plus tard, Patrick devenait président de la Capeb et j'ai été élue vice-présidente en charge des affaires économiques en 2011. Encore des challenges nouveaux !

Parmi eux, la présidence du Pacte ?

Une aventure intéressante et importante. En tant que présidente des affaires économiques, j'ai participé au projet « Objectif 500 000 » de Cécile Duflot, qui a mené à la mise en place des PTNB (Plan de transition numérique du bâtiment), PRDA (Programme de R&D sur l'amiante) et Pacte (Programme d'action pour la qualité de la construction et la transition énergétique). On constate que les entreprises ont besoin de monter en compétences, mais aussi de s'approprier de nouvelles méthodes et procédures pour améliorer les performances du bâtiment. Or, si tout ceci nécessite des innovations, on s'aperçoit que ces dernières sont souvent sources de sinistralité. D'où la définition de trois axes : la promotion des solutions les plus efficientes, la modernisation des règles de l'art et l'intégration des outils et le renforcement des actions territoriales. À ce jour, on a beaucoup avancé.

Quelles sont vos autres missions ?

Je demeure membre du Conseil de la transition énergétique et membre du bureau du Plan bâtiment durable, piloté par Philippe Pelletier. Je suis aussi membre du conseil national de l'U2P. Concrètement, je pars du mardi au vendredi, parfois même le samedi. J'aime aller au contact, voir comment ça se passe sur les territoires. Il faut arriver à comprendre que les dynamiques ne sont pas les mêmes qu'à Paris. Mais il reste encore beaucoup de choses à faire et, si notre secteur ne se remet pas en cause, nous connaîtrons de grandes difficultés. Certaines entreprises subissent encore la crise, et celles qui s'en sortent le mieux sont celles qui ont su se transformer. Acquérir de nouvelles compétences, de nouveaux fonctionnements... Je me bats pour ça aujourd'hui.

Quels dossiers vous ont-ils particulièrement tenus à cœur ?

Je pense aux Journées de la construction, dont je fus la présidente en 2011. C'est un événement assez médiatique, au cours duquel on ancre la Capeb dans son histoire, dans son environnement. J'ai été honorée de conduire ce grand chantier qui devait se dérouler à Lyon. On a pu y poser des jalons qui nous servent encore aujourd'hui. On s'est penché sur nos métiers et sur les mutations en cours : transition énergétique, numérique, changements dans la société, etc. Tout ceci a donné naissance à des actions, mais aussi à la collection d'ouvrages Les Cahiers de tendance. D'où la nécessité de travailler ensemble et miser sur la mutualisation des moyens, sur les groupements d'entreprise... tout en préservant notre indépendance.

Quid de l'entreprise familiale aujourd'hui ?

Je tâche tant bien que mal de lui consacrer ma journée du lundi ! Mais des ajustements se sont avérés nécessaires pour arriver à tout faire. C'est pourquoi, en 2010, nous avons choisi de vendre l'entreprise Basili pour créer à deux la SAS Aqua énergie, à Villeurbanne, où nous sommes associés à 50/50 avec mon mari. Il gère la partie technique et les chantiers, tandis que je m'occupe de l'administratif. On s'est développés sur d'autres marchés : un peu plus de particuliers, tout en continuant à répondre à de petits appels d'offres publics...

Le fait d'être une femme vous a-t-il un jour desservi ?

Non seulement cela ne m'a pas handicapé, mais cela m'a même peut-être aidé. On se distingue, car on n'est pas conventionnelle, on recueille de l'attention. On nous écoute un peu mieux aussi. Et puis ce monde macho dans lequel on pense évoluer ne l'est finalement pas tant que ça, ou alors il a évolué. J'ai toujours eu affaire à des collègues bienveillants qui n'ont jamais mis en avant le fait que je sois une femme. Mon mari, le premier, m'a toujours soutenue dans mes aventures, même dans les moments de doute. Si ça n'avait pas été le cas, je n'aurais jamais pu faire ce que je fais.

Comment expliquez-vous alors cette réticence de la gente féminine à rejoindre la filière ?

Le problème, c'est l'attractivité du secteur. Les idées reçues ont la peau dure : on n'oriente jamais les femmes vers le BTP et ces dernières n'osent pas franchir le pas. Il y a un véritable travail à faire auprès des jeunes, mais aussi des parents, des professeurs… N'ayons pas peur de se prendre en main, de se lancer des défis. D'autant que la profession évolue : les métiers sont aujourd'hui plus attractifs, plus techniques, moins difficiles… Et cela s'applique autant pour les filles que pour les garçons !

Le 7 octobre 2015 vous avez été décorée de la Légion d'honneur par la ministre du Logement Sylvia Pinel. Comment avez-vous reçu cette récompense ?

C'était bizarre, j'étais très émue d'avoir été reconnue par mes pairs, par l'État. Mais pour autant je ne me sens pas mieux que les autres. C'est grâce à la Capeb que j'en suis arrivée là.

Sabine Basili en dates

2015 Reçoit la Légion d'honneur le 7 octobre

2011 Est nommée vice-présidente en charge des affaires économiques

2009 Devient membre du bureau national de la Capeb

2002 Est élue déléguée de circonscription de la Capeb Rhône-Alpes Auvergne

1999 Fonde la Commission des femmes d'artisans du Rhône

1960 Naissance en Algérie




Charlotte ROBERT
Journaliste

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