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Pays-du-Bugey : un chantier médiéval de 40 ans

Ain le 18 avril 2017 - Séverine Renard - Ain

Pays-du-Bugey : un chantier médiéval de 40 ans

Sur le modèle de la construction du château de Guédelon, lancée il y a 20 ans dans l'Yonne, un chantier médiéval débutera dans les prochains mois sur la commune d'Aranc. Régis Navarro, concepteur du projet et président de de la SCIC Chantier Médiéval du Bugey, présente ce projet initié en 2010 qui entrera bientôt dans une phase opérationnelle.

Comment est née l’idée ce projet de village médiéval ? J’ai une formation d’ingénieur des matériaux. Quand j’ai découvert le projet de Guédelon, j’ai été séduit par l’approche pédagogique et scientifique. Faire des démonstrations des savoir-faire anciens, expliquer cette façon de travailler… Et puis Guédelon est aujourd’hui un succès touristique et économique. J’ai eu envie de lancer un projet similaire dans la région.

Qu’allez-vous bâtir précisément ?

Nous allons construire sur un terrain de 13,6 hectares un village médiéval, châtellenie savoyarde des années 1350. Le village de 2 hectares sera entourée d’une enceinte fortifiée et nous bâtirons entre 30 et 40 bâtiments : halle, granges, maisons, auberges, chapelle, une tour-porte… Cette cité de Montcornelles sera érigée sur 30 à 40 ans. Tout au long de la construction, à la manière d’un parc de loisirs, le chantier pourra être visité. Les visiteurs vivront une expérience originale et ludique. Ils pourront voir et comprendre les gestes et techniques du Moyen-Age. Le projet devrait démarrer fin 2017-début 2018. Il y aura une phase d’amorce du chantier pendant un an, puis nous ouvrirons au public en avril 2019. Pour être à l’équilibre, nous devrons accueillir 35 000 visiteurs par an. Nous espérons atteindre ce chiffre lors de la 2e ou 3e année d’ouverture.

Faisons un flash-back. Quelles ont été les premières étapes du projet ?

En 2010, j’ai monté un dossier et démarché les territoires de la périphérie lyonnaise. Je me suis adressé aux syndicats mixtes du Pays-du-Bugey, du Haut-Bugey, de Bourg-en-Bresse et du Beaujolais. Plusieurs communes ont fait acte de candidature et proposé des terrains. C’est finalement la communauté de communes du Plateau d’Hauteville qui a été retenue et un site de la commune d’Aranc. Le passé médiéval de ce territoire, la recherche d’un développement touristique, la présence d’activités autour du travail du bois et de la pierre, les formations de la MFR Cormaranche-en-Bugey… ont été décisifs dans le choix. Aviez-vous mesuré toutes les démarches administratives liées à un tel projet ? C’est vrai que le volet administratif est important. Nous avons travaillé le projet avec les élus pour réaliser l’étude de faisabilité, demander l’autorisation d’Unité Touristique Nouvelle obtenue en novembre 2014, respecter la Loi Montagne, effectuer la Déclaration de Projet pour le Plan d’Occupation des Sols, mener une étude d’impact et une enquête publique… Aujourd’hui, nous finalisons le montage juridique et financier du projet.

Comment allez-vous fonctionner et avec quels moyens ?

Notre Société Coopérative d’Intérêt Collectif, Chantier Médiéval du Bugey, est en cours d’immatriculation. Elle réunit la Communauté de Communes du Plateau d'Hauteville, la commune d'Aranc, l’association BCM Monts & Cornelles, et moi-même. Sur la partie financière du projet, la mise à disposition du terrain, via un bail emphytéotique, et son aménagement représentent 850 000 € qui seront subventionnés par la Région Auvergne-Rhône-Alpes, le Département de l’Ain, le Commissariat du Massif du Jura, la Communauté de Communes du Plateau d'Hauteville et la Dotation d’Equipement aux Territoires Ruraux. Pour le lancement du projet et son fonctionnement à 3 ans, nous avons besoin d’une enveloppe de 550 000 €.

Comment allez-vous trouver cet argent ?

Il y aura environ 200 000 € de fonds propres. Les associés-fondateurs de la SCIC apporteront 80 000 € et nous voulons lever 120 000 € en proposant de devenir associé par l’achat de parts sociales entre 1 000 € et 5 000 €. A ce jour, nous avons réuni 90 000 € grâce à une soixantaine de sociétaires, des personnes physiques séduites par le projet et des entreprises locales qui veulent accompagner la dynamique. Le reste du financement, soit 350 000 €, proviendra de partenariats-sponsoring.

Comment comptez-vous convaincre des partenaires ?

Le projet permet la transmission de savoir-faire sur le travail du bois, du métal, de la pierre… et possède une forte dimension pluridisciplinaire : histoire, science des matériaux, mathématiques… L’enseignement général, les organismes de formation professionnelle, des structures institutionnelles comme la Chambre de Métiers et de l’Artisanat pourraient avoir un intérêt à soutenir le projet. Nous avons également des contacts
avancés avec l’Institut Thérapeutique Educatif & Pédagogique Thérèse Hérold à Ambronay. Le centre pourrait investir un bâtiment du projet pour développer sa pédagogie adaptée. Nos partenariats avec les institutionnels et organismes de formation fi nanceront 50 000 à 100 000 €. Ensuite, nous voulons démarcher les entreprises, notamment les entreprises du BTP. Nous espérons convaincre 3 ou 4 entreprises à qui nous proposerons d’être sponsors-fondateurs. Moyennant un ticket d’entrée de 50 000 €, ils seront identifi és comme partenaires fondateurs et pourront privatiser le site une fois par an pour une opération de communication. A quel stade le projet se situe-t-il aujourd’hui ? Le permis d’aménager et le permis de construire ont été déposés fin janvier et sont en cours d’instruction. Nous avons fait appel au cabinet d'architectes Archipat, cabinet lyonnais spécialisé en architecture du patrimoine, pour nous accompagner dans ce travail. Nous pensons que les travaux débuteront en fi n d’année. Le comité de réfl exion scientifique, composé d’historiens, d’archéologues, d’ingénieurs… poursuit son travail pour que le projet soit le plus exact possible d’un point de vue historique et scientifique.

Faites-nous vivre en avant-première la future vie de chantier ?

Nous mettrons en oeuvre diff érents types d’architecture : militaire, religieuse, civile… et diff érentes techniques de construction autour de la maçonnerie, du torchis, de la taille de pierres, de la forge, de la menuiserie-charpente… Le Compagnonnage a permis d’entretenir des savoir-faire anciens. Il y a donc aujourd’hui des artisans qui savent travailler avec des techniques approchantes de celles de l’époque. Nous allons recruter huit personnes pour l’aspect technique : trois pour le travail du bois, trois pour le travail de la pierre, un forgeron et un chef de projet. Cette équipe recevra une formation spécifi que avec le soutien de Pascal Waringo, restaurateur de monuments historiques, maître artisan et compagnon maçon du Tour de France. Aux côtés de ces professionnels, nous accueillerons des bénévoles. Montcornelles, c’est un fab lab archéologique !


De gauche à droite : Bernard Argenti maire d'Hauteville, Régis Navarro, concepteur du projet et président de la SCIC SA Chantier Médiéval du Bugey, Damien Abad, président du Conseil départemental de l'Ain et député de la circonscription, Daniel Mathieu, maire d'Aranc, Philippe Emin, président de la Communauté de Communes du Plateau d'Hauteville.

Construction d'un village médiéval, châtellenie savoyarde du début du XIVe siècle en terre de Bugey.

-Un terrain de 13,6 hectares sur la commune d’Aranc dans la Communauté de Communes du Plateau d’Hauteville dans l’Ain.

-4 associés : la communauté de communes du Plateau d'Hauteville, la commune d'Aranc, l’association BCM Monts & Cornelles, et le concepteur du projet Régis Navarro réunis au sein d’une Société Coopérative d’Intérêt Collectif, baptisée « Chantier Médiéval du Bugey ».

-850 000 € de subventions des collectivités à travers la mise à disposition et l’aménagement du terrain.

-550 000 € d’investissement sur 3 ans.

-11 salariés au démarrage du projet (fin 2017-début 2018).

Les animations avec l’association BCM Monts & Cornelles

L’association travaille sur le programme d’animations autour de la réalisation du chantier médiéval. Diff érentes commissions réunissent plus d’une soixantaine de personnes : historiens, architectes, cuisiniers, jardiniers… Ensemble, ils préparent les futurs ateliers qui complèteront le projet de construction. Un jardin médiéval avec des plantes médicinales, des costumes d’époque, une troupe de danses médiévales, un groupe de théâtre d’improvisation et une chorale, un four pour des poteries, le travail du cuir… l’association, présidée par Florence Teulade-Camus, est en effervescence.



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