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CNR ouvre les portes du barrage-centrale de Génissiat

le - - Ain

CNR ouvre les portes du barrage-centrale de Génissiat
© C. Moirenc pour CNR - Il n'aura fallu pas moins de 700 000 m3 de béton pour élever ce barrage-centrale

Géant de béton aux mâchoires puissantes pouvant supporter un débit de 1 300 m3 d'eau par seconde, le barrage-centrale de Génissiat constitue le premier des ouvrages hydroélectriques de la Compagnie nationale du Rhône. À cheval sur deux départements, le « Niagara français » dévoile aujourd'hui ses secrets au public, servant les intérêts pédagogiques du premier producteur hexagonal d'énergie exclusivement renouvelable.

C'est au détour d'un virage serré de la rue Marcel-Paul, à quelques kilomètres en aval du centre-ville d'Injoux-Génissiat, que le colosse s'offre soudain aux regards. Puissant, monumental, indestructible. Ce bastion industriel de l'après Seconde Guerre mondiale n'a rien perdu de sa superbe. Mieux. Depuis son inauguration en 1948, la nature a depuis repris ses droits : la pierre s'est patinée, la mousse s'est invitée entre les interstices du béton, réinvestissant le lieu pour mieux le fondre dans le décor. Paradoxe pour le barrage-centrale, qui n'a de cesse de lutter contre un autre élément, celui-là fuyant, imprévisible, parfois dévastateur.

Cet adversaire redoutable, c'est le Rhône. 812 km de courbes sinusoïdales, 375 m de dénivelé, qui puise son origine du glacier qui porte son nom, en Suisse, et se déverse dans la Méditerranée. Ne vous fiez pas à son calme apparent. Le serpent d'eau tire son étymologie du celte Rhôdan, qui signifie « tourner vivement ». Avec un débit moyen de 1 700 m3 / seconde, il est le fleuve français le plus puissant. Cultures, moyen de défense, outil de fabrication... De tous temps, les Hommes ont cherché à détourner son cours, le façonner au gré de leurs besoins. Ce n'est cependant qu'au XIXe siècle, avec l'évolution des connaissances et des matériaux, que l'on assiste à un procédé révolutionnaire : la production d'électricité grâce à la force motrice de l'eau. L'hydroélectricité, la célèbre « houille blanche » baptisée par l'industriel Aristide Bergès, qui en fut le génial précurseur. Les débuts d'un marché florissant, qui séduit alors de nombreux aménageurs privés. En 1934, l'État s'en mêle et décide de céder la concession du Rhône à la CNR, créée un an plus tôt, à laquelle il confie trois missions principales : la production d'hydroélectricité, la navigation et l'irrigation. Ce premier segment finançant les deux autres, il est rapidement décidé d'investir le site de Génissiat – où se trouve une faille de 2 m de large et 100 m de profondeur – pour bâtir un premier barrage sur un tracé qui en compte aujourd'hui dix-neuf.

Démarrés en 1936 sous l'impulsion de Léon Perrier et Édouard Herriot, les travaux s'étalent sur plus d'une décennie. Au total, 700 000 m3 de béton sont utilisés pour sa construction, nécessitant même l'établissement d'une usine à béton sur la rive droite, côté Ain, à proximité du chantier. D'après les plans des architectes Bazin et Laprade, le bâtiment prend forme, s'épaissit, se structure. Le « Niagara français », comme on le surnomme alors, est enfin inauguré en 1948. À l'époque, il est le plus grand et le plus moderne barrage d'Europe. Il est encore à ce jour le seul sur le Rhône dit de moyenne chute.

Quelques secondes entre l'entrée de l'eau et sa sortie

Nous sommes au cœur de la centrale, 50 m en-dessous de l'accueil. Dans la salle des alternateurs – autrement connue sous le nom de « salle des machines » –, rectangle bétonné aux dimensions colossales (104 m de large, 140 m de long, 100 m de haut), six énormes turbines produisent l'électricité, qui sera ensuite transmise aux transformateurs. Le Rhône s'engouffre, avant d'être canalisé par la conduite forcée, puis passe par la bâche spirale, la roue, et ressort. Quelques secondes seulement se sont écoulées entre son entrée et son écoulement en aval. De retour dans les étages, derrière un mur tout en vitres, on distingue la salle historique des commandes, « dans son jus », elle qui n'a pas bougé depuis 1948. Si le pilotage s'effectue aujourd'hui depuis le siège du 4e arrondissement de Lyon, le personnel assure que la pièce reste opérationnelle en cas de besoin.

Aujourd'hui encore, une cinquantaine de personnes travaille quotidiennement sur cet ouvrage. Présences discrètes, exploitants, mécaniciens, techniciens du génie civil et de la maintenance informatique veillent sans relâche au bon fonctionnement des lieux, qui tournent 24 h / 24 et dont l'activité dépend de la demande en énergie.

160 M€ consacrés aux missions d'intérêt général

Bien que pionnier, ce site ne constitue aujourd'hui qu'un maillon de la vaste chaîne énergétique de CNR. En 2000, quand passe la loi sur la modernisation et le développement du service public d'électricité, la Compagnie nationale du Rhône récupère la compétence d'aménagement de ses centrales, qu'elle confiait jusqu'alors à EDF. L'opportunité de voir plus grand et d'organiser ses « missions d'intérêt général », auxquelles elle s'engage à consacrer 160 M€ tous les cinq ans, et qui visent notamment à financer des projets tels que la remise en état des lônes ou la production d'une électricité verte pour les batteries des voitures électriques.

Actuels chevaux de bataille, les nouvelles électricités renouvelables : l'éolien, l'hydrogène, le solaire, sans oublier cet ambitieux projet de ferme hydrolienne fluviale... CNR se projette vers l'avenir en s'imaginant métamorphosée en une entreprise-laboratoire des énergies du futur. L'objectif étant d'atteindre, en 2020, une puissance installée de 4 GW en France et 300 MW à l'international. Premier producteur français d'énergie exclusivement renouvelable, la structure génère actuellement 25 % de l'hydroélectricité française. Et 3 % de l'électricité en France.

Les Circuits de l'énergie, plongée dans l'industrie

Ouvert au public depuis le 7 avril, le barrage-centrale de Génissiat constitue un outil pédagogique de choix pour CNR qui, à raison de 10 € par personne, propose aux particuliers, entreprises, scolaires de plonger au cœur du processus industriel le temps d'1h30. Équipé d'un casque, d'un émetteur et d'un gilet, le visiteur se laissera guider de la salle d'accueil (avec la présentation d'un film d'introduction) jusqu'à la salle des alternateurs. C'est là, au contact direct des machines et des travailleurs, qu'un chemin spécifique a été aménagé, lui permettant de mieux comprendre le fonctionnement du mastodonte. La Compagnie nationale du Rhône, qui a investi quelque 1,5 M€ pour ce projet, espère séduire entre 15 000 et 25 000 curieux pour sa première année d'exploitation touristique. Sans compter l'ouverture d'un autre site CNR au public, celui de Bollène, dans le Vaucluse, prévu pour le mois de juillet.




Charlotte ROBERT
Journaliste

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